Dans le prolongement de l’article sur l’importance des muscles et de la force pour une bonne santé, notons qu’au cours de l’existence l’organisme va subir les assauts du temps et ses fonctions se détériorer : les pertes osseuses vont amoindrir la résistance mécanique de l’os ; les tendons et les ligaments vont se réparer plus lentement ; la peau va perdre progressivement son élasticité à mesure que son réseau de fibres d’élastine et de collagène va s’altérer.

À partir de 30 ans, on observe chez pratiquement tout le monde une perte de masse musculaire, une baisse de la force et un remplacement du tissu musculaire par de la masse grasse. Même si les degrés de ce phénomène varient d’une personne à une autre, on estime que les pertes sont de 3 à 8% par décennie entre 30 et 50 ans, de 15% entre 50 et 60 ans et de 30% par décennie après 60 ans.

Les conséquences de cette perte de masse musculaire sont une détérioration générale de l’état physique se traduisant par une augmentation du risque de chutes, une incapacité progressive à effectuer des gestes du quotidien, une perte d’autonomie et conduit fatalement à une augmentation de la morbidité et de la mortalité. À ce titre, la sarcopénie est maintenant reconnue comme étant un facteur central dans la pathologie du syndrome de fragilité chez la personne âgée

L’objectif de cet article est de présenter brièvement les mécanismes de la sarcopénie et la manière dont l’entraînement en musculation peut prévenir et ralentir ces mécanismes d’atrophie musculaire.

LA SARCOPÉNIE

La sarcopénie est un syndrome gériatrique qui se définit comme la diminution de la masse musculaire, de la force musculaire et de la baisse des performances physiques. Bien qu’elle soit avant tout imputable au processus naturel du vieillissement de l’organisme, elle peut être déclenché et accélérée par des facteurs pathologiques et comportementaux tels que la dénutrition et la sédentarité.

Différentes études estiment que 25 % des personnes de plus de 70 ans et 40 % des plus de 80 ans seraient sarcopéniques. La réduction de la masse musculaire chez les personnes âgées n’affectent pas de la même manière les groupes musculaires et il existe des différences entre les hommes et les femmes : la réduction est plus importante au niveau des membres inférieurs que supérieurs ; et les hommes semblent avoir une réduction de la masse musculaire des membres supérieurs plus importante que les femmes.

LES MÉCANISMES DE LA SARCOPÉNIE

De multiples facteurs, interdépendants, participent au développement et à la progression de la sarcopénie. Parmi les plus importants, on peut citer les dégénérescences du métabolisme protéique, du système hormonal et de l’intégrité neuromusculaire.

1) Le métabolisme protéique

La masse musculaire dépend de la quantité de protéines totales présentes dans les muscles et de l’équilibre entre la vitesse et les quantités de protéines synthétisées et dégradées. Avec l’âge, l’organisme devient moins efficace pour combattre les effets du stress oxydatif et le métabolisme protéique perd en efficacité. Il en résulte que de nombreuses cellules musculaires, surtout les fibres de type II non-oxydatives, meurent et sont remplacées par des dépôts graisseux à l’intérieur des fibres musculaires (obésité sarcopénique), ce qui amplifie d’autant plus le phénomène d’atrophie en installant un état d’inflammation chronique. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les apports nutritionnels des personnes âgées tendent à diminuer et que leur système digestif perd en partie sa capacité à absorber les acides aminés.

2) Le système hormonal

En vieillissement, le système hormonal connaît une perte d’efficacité avec la baisse de la concentration sanguine en hormones anaboliques (hormone de croissance, testostérone, oestrogènes, IGF-1, DHEA) et une diminution de la sensibilité des cellules musculaires à leurs actions. Une personne âgée de 70 ans sécrète la moitié de la quantité d’hormone de croissance observée à 20 ans. En revanche, les taux de cortisol (hormone du stress) et de leptine (hormone de la faim), rapportés au poids de corps, augmentent, ce qui a pour effet d’augmenter le catabolisme.

3) L’intégrité du système neuromusculaire

Une des conséquences du vieillissement est la dénervation et la perte de fonctionnalité des unités motrices. La structure des neurones s’altère avec la dégradation des gaines de myéline qui agissent comme un isolant et qui permettent d’augmenter l’efficacité et la vitesse de propagation du signal nerveux. Les muscles squelettiques sont quasi exclusivement innervés par des fibres myélinisées. À cela s’ajoutent des dysfonctionnements mitochondriaux qui favorisent la production de radicaux libres générateur d’un stress oxydant néfaste pour les cellules musculaires.

LA MUSCULATION POUR LUTTER CONTRE LA SARCOPENIE

Au delà des recommandations alimentaires, qui consistent à augmenter les apports en protéines, en vitamine D pour contrer la déminéralisation osseuse et la myopathie, en antioxydants pour lutter contre les radicaux libres, et en oméga 3 pour leurs effets anti-inflammatoires, l’efficacité de l’entraînement avec charges additionnelles a été démontré pour lutter contre le développement de la sarcopénie chez les personnes âgées.

L’entraînement visant le développement de la force et de la masse musculaire est bénéfique pour plusieurs raisons :
– il améliore le métabolisme protéique en favorisant les mécanismes de réparation musculaire, en réduisant l’expression des gênes responsables de la protéolyse et en diminuant l’inflammation chronique par l’intermédiaire de certaines enzymes anti-oxydantes,
– il stimule essentiellement les fibres de type II, les plus touchées par la sarcopénie, et aide à préserver l’intégrité du système nerveux innervant les muscles squelettiques en sollicitant un maximum d’unités motrices et de motoneurones,
– il favorise l’amélioration et l’augmentation des sarcomères en séries et en parallèle ainsi que le renforcement des tendons,
– il améliore les réponses anaboliques de l’organisme en stimulant la sécrétion des hormones stéroïdiennes, de l’hormone de croissance, de l’insuline, de l’IFG-1 et la sensibilité des cellules musculaires.

Bien que certaines études soulignent la supériorité de l’entraînement en excentrique chez les personnes âgées pour améliorer la force et la masse musculaire et la nécessité de travailler avec des charges comprises entre 70 et 90% du maximum, il faut prendre en compte le niveau de condition physique des personnes et mettre en place un programme éducatif et progressif afin de limiter les risques de blessures.

Les bénéfices de l’entraînement en aérobie sur la sarcopénie sont modestes, cependant en combinaison avec la musculation, il permet de limiter les changements phénotypiques des fibres musculaires, notamment en préservant leurs fonctions mitochondriales.

CONCLUSION

Plusieurs solutions pharmaceutiques ont été proposées pour lutter contre la sarcopénie, cependant leurs effets secondaires et résultats mitigés ont amené les médecins à les laisser de côté dans de nombreux cas. Il semble que la musculation soit le seul outil intéressant pour améliorer la qualité de vie de ceux qui en sont atteints de sarcopénie. Cependant, l’évolution de la masse musculaire et de la force musculaire ne dépendent pas uniquement de la sévérité de la maladie, mais également du capital musculaire acquis dans la jeunesse et son entretien régulier tout au long de la vie. Il est par conséquent important d’intégrer le plus tôt possible des stratégies d’entraînement qui vise le développement des qualités motrices de l’organisme et d’optimiser les apports nutritionnels pour retarder l’apparition de la sarcopénie.

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